Le rôle des médias sociaux en Syrie vu par les médias arabes

Les medias sociaux ont contribué à l’éviction des dirigeants arabes en Tunisie ainsi qu’en Egypte, au point d’être qualifié par certains de « Révolution Facebook », « Révolution Twitter » ou même « Révolution des medias sociaux ». Cependant, si beaucoup conteste le rôle central des medias sociaux dans ces soulèvements, il reste évident que ces moyens de communication ont apporté plus de transparence et plus de liberté surtout pour les gens vivant sous une dictature. Néanmoins, le rôle des medias sociaux s’est avéré être une arme à double tranchant (voir site CPJ) : ce n’est pas seulement un outil de l’opprimé, mais c’est également dans certains cas un outil de l’oppresseur. L’exemple qui traduit au mieux cette dichotomie est le cas de la Syrie où le gouvernement et ses partisans sont aussi efficaces que les dissidents quant à l’utilisation de ces outils modernes pour suivre ou discréditer les manifestants. D’où la question de savoir quel fut le rôle des medias sociaux dans la révolte syrienne de 2011 ? Comment et qui en a surtout user ? Le Web 2.0 est-il un outil d’émancipation ou de répression ?

Ces questions furent traitées en long et en large par les medias occidentaux mais qu’en ait il des medias arabes ? Comment les journaux, analystes et blogs arabes voient le rôle des medias sociaux dans les révoltes de 2011 et plus spécifiquement en Syrie ?

Les medias sociaux et la révolte syrienne

            Pendant la révolution égyptienne et tunisienne, qui a débuté en Janvier dernier, les militants se servaient des medias sociaux pour organiser des manifestations. En Syrie par contre, ce n’est pas forcément le cas : les militants pensent que ce serait trop risqué car ils savent que le gouvernement d’Al-Assad les garde à l’œil par la numérisation des sites sociaux. Ainsi, on trouve des groupes Facebook qui organisent des manifestations mais en ne donnant l’emplacement et l’heure des protestations qu’a la dernière minute. Aussi, beaucoup d’utilisateurs syriens ont ouverts plusieurs comptes Facebook pour se protéger au cas où ils sont obligés de donner leurs ID ou mot de passe a des agents gouvernementaux (voir Al Sharq Al Arabi). C’est pourquoi, de plus en plus, les militants tentent d’organiser des manifestations via le concept de bouche à oreille ou grâce aux programmes de messagerie Internet instantané. Cette peur de l’utilisation d’internet explique entre autres pourquoi les manifestations anti-gouvernementales en Syrie n’ont pas atteint un taux de participation élevé comparé à l’Egypte. 

            Les medias sociaux ont certes étaient un atout pour le gouvernement comme pour les dissidents, mais ils furent aussi un outil de régulation permettant d’atténuer l’ampleur des massacres opérée par les autorités syriennes. Un exemple concret serait le massacre de 1982 à Hama : alors que des manifestants anti-Assad ont défilés par milliers dans les rues de Hama pour demander le départ de Hafez Al-Assad, celui-ci ordonne la répression de cette manifestation qui s’est finalement soldé par un massacre de plus de 10.000 manifestants en moins de trois semaines. Cependant, un tel acte aujourd’hui n’est plus possible et cela revient clairement a l’élaboration des medias sociaux qui s’est avéré plutôt efficace surtout du fait que le gouvernement actuel fait relativement preuve de retenue en ne tuant pas autant de personnes, de peur justement que ce soit poster le jour même voir la minute même sur internet. Une étude faites montre que de Mars 2011 à Décembre 2011 – soit 10 mois – pas plus de 5000 personnes furent tuées, contre 10.000 personnes en trois semaines durant les évènements de Hama en 1982.

 

 

Une « guerre civile » online ?

 

            Depuis l’ascession au pouvoir de Bachar Al-Assad en 2000, celui-ci a cherché a étouffé la dissidence en interdisant des sites tels que Facebook, où les utilisateurs peuvent interagir avec d’autres membres en dehors ou en Syrie même. En réponse à cela, beaucoup de cybercafés à Damas ont commencé à utiliser les proxys Web pour contourner ce « blocus du Web » et accéder à Facebook. Au début de cette année toutefois, les syriens ont subito réalisé qu’ils pouvaient accéder au site. Pour les activistes syriens, cet acte n’est qu’un stratagème : « Le gouvernement a rouvert Facebook parce qu’ils ont réalisée qu’il était plus utilise pour eux de permettre à des militants de communiquer sur le site, pour ensuite nous traquer à l’aide de leurs internautes « loyalistes » » explique une militante syrienne (voir blog). En effet, le gouvernement syrien a très vite compris l’importance de ces réseaux sociaux et contrairement aux autres gouvernements arabes, il a su s’en emparer afin de pouvoir traquer et surveiller de près les dissidents syriens. D’autres diront aussi que la réouverture de Facebook est à cause des manifestations pro-Assad qui sont sortis par milliers au début de cette année pour demander de débloquer les sites de medias sociaux. Quoiqu’il en soit et peu importe la raison de réouverture de Facebook, il s’en est suivis sans conteste, une bataille dans laquelle les utilisateurs pro et anti-gouvernementaux ont créé des groupes Facebook pour soutenir ou condamner le gouvernement.

Ainsi, un site pro-gouvernemental appelé « Bashar al-Assad », avec une photo du président syrien en uniforme militaire en dessous duquel on trouve le slogan « Nous serons toujours là pour protéger la Syrie grâce à la sagesse de notre lion Bashar », compte plus de 233,000 fans. Sur ce site, les manifestants sont accusés d’être des fauteurs de troubles et des agents de la CIA ou du Mossad, tout en affirmant aussi que les vidéos publiés par les dissidents syriens sont faux. De même, on trouve des sites anti-gouvernementaux tels que la page Facebook « Syrian Revolution 2011 » comptant 315000 adhérents mais qui est administré depuis l’étranger et non accessible depuis la Syrie. Les activistes anti-Assad n’hésite pas non plus à téléchargés des vidéos sur Youtube montrant les manifestations en marche et la répression faite par le gouvernement Al-Assad. Là aussi, une guerre acharnée se livre entre les dissidents et les pro-Assad qui cherchent à discréditer ces vidéos Youtube en disant qu’elles sont truquées et que le film n’est pas authentique. Notons néanmoins, que quelque unes des vidéos qui furent postés se sont plus tard avéré provenir d’Irak ou du Liban pendant la guerre civile (voir analyse du journal Al Akhbar). 

Somme toute, si des milliers de manifestants syriens ont envahi les rues pour réclamer la fin du régime autocratique, d’autres syriens furent chargés de « renverser » le gouvernement du président Assad en moyennant des medias sociaux. Pour cela ils se sont accaparés de téléphones mobiles et de petites cameras pour filmer les répressions faites par le pouvoir en place contre les manifestants. Ainsi, malgré les restrictions, les medias sociaux ont joué un rôle significatif en Syrie, rendant les décideurs politique arabes, les journalistes arabes et les gouvernements étrangers dépendants, souvent, de l’information qu’ils fournissent.

Toutefois, les journaux et analystes arabes ne s’attardent pas vraiment sur le rôle des medias sociaux dans les révolutions arabes. L’aspect économique et social est prédominant dans les discours et débats au sein des chaines et journaux arabes, qui minimisent en quelques sortes le rôle joué par les medias sociaux dans les révolutions arabes. En aucun cas l’on ne dit que les medias sociaux n’ont pas joué de rôle, mais ils considèrent le Web 2.0 comme un accélérateur des soulèvements et non pas comme leur cause même.        

Sofia El Amine, chercheuse à l’UIR WebScience

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