Etat Islamique, un Cyber-terrorisme médiatique? Thomas Flichy et Olivier Hanne

Etat Islamique, un Cyber-terrorisme médiatique?

Par Thomas Flichy de la Neuville et Olivier Hanne, publié en décembre 2014, Article n°III.15, Chaire de Cyberdéfense et Cybersécurité.

http://www.chaire-cyber.fr/IMG/pdf/article_3_15_-_chaire_cyberdefense.pdf

[Olivier Hanne est docteur en histoire médiévale, chercheur-associé à l'université d'Aix-Marseille (Laboratoire Telemme). Arabophone et islamologue, il est à ce titre chercheur et professeur-associé aux Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, où il participe au groupe SYNOPSIS sur la géopolitique de l'islam. Thomas Flichy de La Neuville est spécialiste de l'Iran. Il enseigne en France et à l'étranger, notamment à Oxford. Auteur de "L’Iran au-delà de l’islamisme" (éditions de L'Aube). Professeur à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Coordinateur du groupe SYNOPSIS (réseau international d’experts universitaires et militaires désireux d’apporter une réponse globale aux enjeux contemporains de la Défense).[1]]

En 2014, Daesh n’a pas mené de véritables cyber-attaques sur les systèmes informatiques de ses adversaires. Cependant, l’Etat Islamique devient un acteur important de la guerre de l’information grâce à une véritable stratégie de communication sur le web.

Dans cet article, l’auteur nous présente la cyber-communication de l’Etat Islamique sur le web suivi des limites de la stratégie de communication de Daesh.

  1. La cyber-communication de l’Etat Islamique

Depuis 2013, Daesh est passé « maitre dans le domaine de la cyber-désinformation ». Le groupe a réussi à exploiter les failles des systèmes de communication ouverts du web en s’appuyant sur ses propres médias. Il s’agit d’une cyber-communication avec l’utilisation de moyens techniques et d’une propagande

La guerre de l’information se divise en deux formes de communications utilisées par les jihadistes. Il s’agit tout d’abord d’une communication de la terreur et ensuite d’une communication religieuse.

La Guerre de l’information passe par la diffusion de l’information en trois langues (français, anglais et arabe). Ce groupe a un savoir-faire médiatique qui sert de relais au recrutement de membres en Irak et en Syrie. Il y a une publication constante de leurs activités (actions militaires, assassinats, attentats). En effet, ils publient les enlèvements ou les opérations militaires en Irak. Récemment nous avons observé les publications des enregistrements des décapitations des journalistes anglais et américains enlevés (James Foley et Steven Sottloff) avec une véritable  théâtralisation de la mort et un message directe aux occidentaux surtout américaine. ISIS s’adresse via les médias sociaux directement aux adversaires, aux combattants et aux civils.

La plupart des réseaux sociaux utilisés par l’EI, Twitter, Facebook, ont un impact mondial et des failles légales sur lesquelles jouent les propagandistes. C’est le cas de Twitter, site public à surveillance limitée, dont le contenu est supprimé uniquement sur requête des utilisateurs lorsqu’il vise une entité précise. Ceci explique la lenteur de la réaction de ses administrateurs lorsqu’il s’agit de bloquer les comptes de djihadistes ou de partisans. La totale liberté d’internet garantit celle de la communication djihadiste. Ils utilisent le web comme moyen de communication : Mort des infidèles, élimination des vices, grandeur des messages coraniques, abnégation des guerriers de l’islam, illustration positive par Daesh  de leurs actions pour remporter l’adhésion de nouveaux membres (recrutement) avec utilisation des écrits religieux hadiths et juristes de la sunna. La diffusion des messages via les médias sociaux et les moyens techniques utilisés relèvent d’une cyber-communication efficace d’autant plus que les jeunes sont les plus connectés.

L’État islamique compte également sur ses propres moyens. Il dispose depuis 2007 de son propre label de vidéo-production, Al-Furqan Media Production. Cette plateforme propagandiste envoi des tweets. Mais elle n’est que partiellement centralisée, puisque des bureaux provinciaux développent leur propre communication, via Twitter, sur leurs actions locales. Daesh jouit aussi du soutien de forums comme Al-Minbar par lesquels il peut faire appel aux donations de fidèles.

  1. Les limites de la stratégie de communication de l’Etat Islamique

Cependant, la stratégie de communication de l’EI comporte de nombreuses limites. Tout d’abord, les techniques restent restreintes. Ils n’ont pas encore assez de capacité pour mener une véritable cyberguerre. Ils peuvent agir sur la diffusion des vidéos et images, mais restent encore limités pour les attaques des réseaux informatiques irakiens, saoudiens ou occidentaux. Surtout, il faut rappeler que l’Etat islamique utilise un internet qu’il ne contrôle pas. Le gouvernement américain n’a certes pas coupé les communications et plateformes médiatiques de ISIS mais le gouvernement irakien par un décret le 15 juin 2014 bloque internet dans cinq. Néanmoins, le seul moyen actuel capable d’endiguer la propagande djihadiste reste le boycott.

 

[1] http://leplus.nouvelobs.com/hanne-flichy

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